Bien avant que Buenos Aires ne se dote d'un système de recyclage inclusif, il y avait les cartoneros et les cartoneras. Ce sont eux qui, la nuit, tiraient des chariots à travers la ville, récupérant les déchets des autres et faisant vivre leurs familles grâce à un travail que personne d'autre ne reconnaissait comme tel. Tout ce que la ville appelle aujourd'hui son système de recyclage repose sur leur labeur et leur organisation.
L’Alliance internationale des récupérateurs de déchets exprime sa pleine solidarité avec les récupérateurs de déchets de Buenos Aires, leurs coopératives et notre affiliée FACCyR, la Fédération argentine des cartonneurs, des travailleurs et des recycleurs, à un moment où ce système et les moyens de subsistance de plus de 7 000 familles sont menacés.
Le renouvellement des contrats de service de recyclage de la ville pourrait ouvrir le secteur à de grandes entreprises privées, selon des conditions conçues sans consulter les coopératives, voire à leur détriment. On observe ce phénomène dans de nombreuses villes à travers le monde : les récupérateurs de déchets créent de la valeur pendant des décennies, et lorsque cette valeur devient rentable, ils sont mis à l’écart au nom de la modernisation. Une modernisation qui déplace les travailleurs n’est pas un progrès. Un système de recyclage qui exclut ceux qui l’ont bâti n’est ni circulaire, ni juste.
Depuis près de vingt ans, les coopératives de Buenos Aires ont démontré que l'inclusion sociale, le travail décent et la protection de l'environnement ne sont pas incompatibles. Elles valorisent les matériaux, réduisent les déchets enfouis par la ville et offrent une reconnaissance officielle et un revenu à des milliers de travailleurs. Ce succès est le fruit du travail des récupérateurs de déchets, et aucun renouvellement de contrat ne devrait le remettre en cause.
Nous nous joignons à la FACCyR pour appeler les autorités de la ville de Buenos Aires à protéger chaque emploi et chaque revenu, à garantir la continuité des coopératives dans le service de recyclage et à ne prendre aucune décision concernant les récupérateurs de déchets sans que ces derniers soient consultés.
À nos organisations membres et à nos alliés du monde entier : ce combat fait partie de notre combat commun. Ce qui sera décidé à Buenos Aires aura des répercussions dans toutes les villes où un gouvernement doit choisir si l’économie circulaire inclura les travailleurs qui ont rendu le recyclage possible, ou s’il les remplacera.
L’IAWP est solidaire de ses camarades de la FACCyR. Nous resterons vigilants et nous ne nous tairons pas.
Il n'y a pas de recyclage sans récupérateurs de déchets.