Les organisations représentant les travailleurs du secteur informel – récupérateurs de déchets, travailleurs à domicile, vendeurs ambulants et employés de maison, y compris les travailleurs migrants – reconnaissent l’économie sociale et solidaire (ESS) comme un levier essentiel pour améliorer leurs conditions de vie, renforcer l’organisation collective et promouvoir le travail décent. Ceci est d’autant plus important que les femmes sont surreprésentées dans le secteur informel en raison d’inégalités structurelles, notamment un accès limité aux opportunités et des préjugés sexistes et culturels persistants.

Pour des réseaux mondiaux tels que HomeNet International (HNI), l'Alliance internationale des récupérateurs de déchets (IAWP), la Fédération internationale des travailleuses domestiques (IDWF), StreetNet International (SNI) et Women in Informal Employment: Globalizing and Organizing (WIEGO), les entités SSE, y compris les coopératives, les associations, les mutuelles et les groupes d'entraide, ont servi d'infrastructures économiques pratiques grâce auxquelles les travailleurs organisent la production, stabilisent leurs revenus, accèdent aux ressources et renforcent leur voix collective.

Nous sommes préoccupés par le fait que l'incertitude mondiale croissante exerce une pression renouvelée sur la coopération internationale à un moment où les efforts multilatéraux, y compris ceux de l'Organisation internationale du travail (OIT), restent essentiels pour promouvoir le travail décent pour les travailleurs du secteur informel.

Partout dans le monde, les travailleurs du secteur informel sont confrontés à de graves carences en matière de travail décent : revenus instables, accès limité à la protection sociale, faible pouvoir de négociation et obstacles persistants à la reconnaissance formelle de leur statut de travailleur. Aujourd’hui, 58 % de la population active mondiale (soit deux milliards de personnes) travaille dans le secteur informel, notamment dans la collecte des déchets, le travail à domicile, le commerce ambulant, le travail domestique et les services à la personne.

Pour ces travailleurs, l'économie sociale et solidaire représente bien plus qu'un idéal. Pour des millions de personnes travaillant dans le secteur informel, les structures de l'ESS constituent des voies concrètes pour améliorer leurs revenus et leurs conditions de vie. Grâce aux coopératives, associations, mutuelles, groupes d'entraide et autres organisations économiques collectives, les travailleurs peuvent coordonner leur production, réduire leurs coûts, stabiliser leurs revenus, accéder à des financements solidaires et se constituer une protection sociale là où les systèmes formels leur sont inaccessibles. Ces dispositifs économiques collectifs et solidaires sont particulièrement essentiels pour les femmes travaillant dans le secteur informel, qui subissent des inégalités structurelles, perçoivent des revenus plus faibles, sont davantage exposées à la violence, au harcèlement et à la discrimination, et supportent une part disproportionnée du travail de soins non rémunéré.

L’expérience des travailleurs de nos secteurs montre comment l’organisation économique collective renforce leur pouvoir de négociation auprès des municipalités, des gouvernements, des employeurs et des entreprises. En mutualisant leurs ressources, leurs connaissances et leurs infrastructures, les entités de l’ESS aident les travailleurs à surmonter les obstacles structurels qu’ils ne pourraient pas régler individuellement. Elles agissent ainsi tout en consolidant la gouvernance démocratique et la représentation collective.

Nos organisations se félicitent de la reconnaissance des coopératives et de l'économie sociale et solidaire au sens large dans les normes internationales du travail, telles que la Recommandation 193 de l'OIT sur la promotion des coopératives (2002) et la Recommandation 204 concernant la transition de l'économie informelle à l'économie formelle (2015). La résolution de l'OIT de 2022 sur le travail décent et l'économie sociale et solidaire, ainsi que les résolutions des Nations Unies de 2023 et 2024 visant à promouvoir l'économie sociale et solidaire, constituent également des avancées importantes dans la reconnaissance du rôle des modèles économiques collectifs pour la promotion du travail décent. Par ailleurs, les orientations politiques de l'OIT de 2025 pour la promotion du travail décent dans le secteur du recyclage soulignent l'importance des approches d'économie sociale et solidaire pour soutenir les travailleurs du secteur informel, notamment les récupérateurs de déchets.

Le leadership au sein du système des Nations Unies, notamment à travers le travail de l'OIT avec ses mandants et partenaires, a joué un rôle essentiel dans la promotion de la recherche, du dialogue politique et de la coopération internationale en vue de faire progresser l'économie sociale et solidaire. Nous apprécions grandement le partenariat qui s'est développé au fil des ans entre
nos réseaux mondiaux et l'OIT, notamment son Unité de l'économie coopérative et sociale et solidaire, et nous nous réjouissons de poursuivre et d'approfondir cette collaboration dans les années à venir.

Dans un contexte de restrictions budgétaires, de priorités concurrentes et d'incertitude mondiale accrue, il est essentiel que les progrès accomplis en matière de reconnaissance et de soutien de l'économie sociale et solidaire se poursuivent et s'amplifient.

L’économie sociale et solidaire ne doit pas être perçue comme une approche marginale ou secondaire du développement économique. Elle représente plutôt un ensemble de pratiques économiques existantes grâce auxquelles les travailleurs du secteur informel construisent collectivement des moyens de subsistance plus stables, renforcent leurs droits et contribuent à des économies et des sociétés plus inclusives et résilientes.

En ce sens, promouvoir et défendre l'économie sociale et solidaire est intrinsèquement lié à la promotion de l'égalité des sexes, non seulement en élargissant les opportunités économiques des femmes, mais aussi en contribuant à la transformation des conditions structurelles d'exploitation et de discrimination qui sous-tendent à la fois l'emploi informel et les inégalités entre les sexes.

Le maintien et le renforcement du soutien politique, juridique et programmatique à l'économie sociale et solidaire dans le cadre du mandat de l'OIT et au sein du système multilatéral au sens large sont essentiels pour garantir que les voies d'accès à un travail décent pour des millions de travailleurs du secteur informel restent ancrées non seulement dans les mécanismes du marché, mais aussi dans la solidarité, la participation démocratique et l'organisation économique collective.

Nous exhortons les gouvernements, les organisations de travailleurs, les institutions internationales et les partenaires au développement à renforcer les cadres politiques et institutionnels qui permettront à l'économie sociale et solidaire de déployer tout son potentiel.

À propos de HomeNet International

HomeNet International est un réseau mondial d'organisations de travailleurs à domicile qui représente plus de 1.3 million de travailleurs à domicile, issus de 71 organisations réparties dans 30 pays.
Visiter www.homenetinternational.org.

À propos de l'IAWP

L’Alliance internationale des récupérateurs de déchets (AIRP) est un syndicat mondial regroupant 50 organisations de récupérateurs de déchets, représentant plus de 460 000 travailleurs dans 34 pays. L’AIRP s’engage à promouvoir les droits et à renforcer l’organisation des récupérateurs de déchets.
Visiter www.globalrec.org.

À propos de l'IDWF

La Fédération internationale des travailleuses et travailleurs domestiques (FITDB) est reconnue internationalement comme une fédération syndicale mondiale. Composée de 93 sections locales réparties dans 70 pays, la FITDB représente plus de 675 900 travailleuses et travailleurs domestiques. La plupart sont organisés en syndicats, d’autres en associations, réseaux et coopératives de travailleurs et travailleuses.
Visiter www.idwfed.org.

À propos de StreetNet International

StreetNet International est une organisation mondiale de commerçants informels engagés, dont l'objectif est de promouvoir et de développer une alliance autonome et démocratique de vendeurs ambulants, de commerçants de marché, de colporteurs et de commerçants transfrontaliers. StreetNet International est présente dans plus de 50 pays et représente plus de 700 000 membres à travers le monde.
Visiter www.streetnet.org.za.

À propos de WIEGO

Femmes en emploi informel : mondialisation et organisation (WIEGO) est un réseau mondial qui œuvre pour l’autonomisation des travailleurs pauvres, notamment les femmes, du secteur informel afin de garantir leurs moyens de subsistance. Nous croyons que tous les travailleurs devraient bénéficier de l’égalité des chances économiques, des mêmes droits, de la même protection et de la même capacité à se faire entendre. WIEGO favorise le changement en améliorant les statistiques et en approfondissant les connaissances sur l’économie informelle, en renforçant les réseaux et les capacités des organisations de travailleurs du secteur informel et, conjointement avec ces réseaux et organisations, en influençant les politiques locales, nationales et internationales.
Visiter www.wiego.org.